Retour sur les élections professionnelles dans l’Enseignement public

mercredi 18 février 2015
par  Catherine

Dans l’enseignement, comme dans les trois fonctions publiques, les élections professionnelles qui se sont tenues en décembre ont provoqué – à chaud – quelques premières réactions. Avec un peu de recul, il est utile de revenir sur quelques enseignements que l’on peut tirer de ces élections.

Le premier concerne l’abstention, particulièrement forte. Les dirigeants des syndicats ont mis en cause le système de vote électronique, qui fonctionne comme un véritable repoussoir. Encore faut-il préciser : le vote électronique a été introduit lors des élections de 2011. Il avait conduit alors à l’effondrement du taux de participation, à 38,54 % contre plus de 61 % en 2008.

L’abstention demeure élevée, mais elle est en recul relatif

Pour les élections de 2014, on reste donc à un niveau analogue, à système de vote inchangé. Ce qui peut être comparé, ce sont ces résultats avec ceux de 2011, en tenant compte du contexte : l’installation d’un nouveau gouvernement en 2012, le vote de la loi Peillon, la réforme des rythmes scolaires, l’attaque contre les statuts, etc…
Avec un taux de 41,73 %, la participation à l’élection du Comité technique ministériel (CTM), instance majeure du dialogue social hors de laquelle les bureaucrates syndicaux se sentent orphelins, demeure à un niveau très bas. Mais elle remonte de trois points par rapport à 2011. On passe ainsi de 368 858 votants en 2011 (pour 957 034 inscrits) à 413 259 votants (et 990 278 inscrits).

Des différences importantes selon les syndicats
Le second aspect, c’est le recul de certains syndicats. Cela concerne d’abord la FSU : elle perd environ 4500 voix (pour 33 000 inscrits supplémentaires), et 5,12 % (passant de 40,62 % à 35,50 %).
Cela ne profite ni à la CGT ni à SUD éducation (la direction de la CGT comme celle de la FSU, demeurant proche du Front de gauche, de même une partie de la direction de SUD) : la CGT, avec 21 300 voix, tombe à 5,5 %, reculant de 1300 voix et de près de 1 %. Quant à SUD, avec 20 300 voix et 5,24 %, il stagne en voix et recule en pourcentage de 0,55 %.
D’autres syndicats progressent, comme l’UNSA (qui gagne près de 12 000 voix et 1,17 %) et FO (passant de 35 245 voix à 52 579 voix (plus 3,49 %).

Droitisation des enseignants ?

C’est l’explication auto-justificative donnée par des dirigeants syndicaux mauvais perdants. Par exemple, la CGT du Var écrit : “Fait marquant de ces élections : une nette montée du conservatisme et une droitisation de l’électorat de l’Éducation nationale. (rappelons que le FN avait ouvertement appelé à voter pour les deux organisations (SNALC et FO)”. Faudrait- il alors, comme le proposait ironiquement Bertolt Brecht, “dissoudre le peuple et en élire un autre” ?
Outre le caractère insultant de cette “explication” vis-à-vis des collègues, ce discours ignore plusieurs faits.
Il faut d’abord prendre en compte tous les résultats. Ainsi le SGEN recule aussi (de 1,09 %), de même le groupe FAEN-CFTC-Scenrac (moins 1,72 %), tandis que le SNALC, qui “gagne” 5,46 %,… n’était pas présent comme tel en 2011. On a donc des mouvements entre ces groupes “conservateurs”.
Ensuite, il y a progrès net de FO. Cela signifie-t-il que les enseignants se sont “droitisés”, ou sont-ce les dirigeants syndicaux autoproclamés “combatifs” (FSU, CGT, Solidaires) qui se sont retrouvés “à droite” de leurs adhérents et électeurs ?

Loi Peillon, rythmes scolaires, statuts : questions décisives

On doit rappeler que les enseignants ont massivement voté, en 2012, pour en finir avec Sarkozy. Or ils se sont heurtés aux réformes du gouvernement Hollande, dont l’infâme loi Peillon. Mais cette loi, votée par le PS et EE-Les Verts, l’a été aussi par tous les députés et sénateurs Front de Gauche. Les enseignants ne l’ont pas oublié et ont noté le refus des directions syndicales les plus proches de ce Front de combattre cette loi Peillon ou d’autres mesures gouvernementales.
Une partie de ces collègues a donc voté FO parce que FO semblait hostile à la politique du gouvernement.
Il y a donc urgence à se réapproprier nos syndicats, dont certains sont menacés dans leur avenir même.

Serge Goudard, le 18 janvier

Ci-après, en complément, l’essentiel de l’intervention faite “à chaud” dans une réunion du SNES.

Intervention au Bureau académique du SNES de Lyon, 10 décembre 2014

[…] Pour expliquer de tels résultats, on ne peut se réfugier derrière de fausses explications. On nous dit : “On n’a pas su expliquer notre position. On n’a pas été bon en matière de communication”, et aussi : “FO a mené une campagne ultra simpliste avec des arguments mensongers”. Ce type d’explication n’est pas recevable. Les “faiblesses de communication”, c’est le type d’arguments que le gouvernement utilise pour expliquer le rejet de sa politique. Maintenir ce type d’explication, c’est prendre les collègues pour des imbéciles. Or les collègues ont jugé sur le fond. Un grand nombre se sont abstenus, presque la moitié d’entre eux, et une part significative des votants s’est détournée de la FSU et du SNES.
La critique des méthodes et les positions de FO ? Ce n’est pas plus valable. En effet, FO, qui existe dans le primaire et le second degré depuis 1984, n’a jamais modifié ses méthodes et son discours. Or, FO est resté marginal durant des années. Même aux élections de décembre 1993, où il aurait pu profiter de la dislocation de la FEN, il n’a absolument pas progressé. Mieux : aux élections de décembre 1996, où la FSU se présentait pour la première fois, FO reculait de plus de 3 %. Pourtant, la politique de la toute nouvelle FSU n’avait rien de très combative. Les camarades qui ont participé au congrès de fondation de la FSU, fin mars 1994, se souviennent des débats sur l’action, alors que se développait la grève massive des étudiants contre les décrets CIP de Balladur. Mais la FSU avait refusé d’appeler à la grève dès l’ouverture du congrès… Cela dit, les enseignants à cette époque cherchaient d’abord à reconstruire un syndicat de masse pouvant les défendre au mieux. Et les résultats de décembre 1996 étaient sans appel : le SNES seul réunissait plus de 100 000 voix, et le SNUipp regroupait plus de 90 000 voix. À eux seuls, les deux principaux syndicats de la FSU rassemblaient 184 000 voix. Au total, la FSU recueillait alors 234 000 voix. Combien aujourd’hui font le SNES et le SNUipp ? Mais on mesure l’écart puisqu’au total, la FSU ne recueille aujourd’hui que 144 000 voix, tous syndicats confondus. C’est un tournant historique, vingt ans après la création de la FSU.

Un problème d’orientation

Et que l’on ne vienne pas dire, comme on l’a entendu, que l’on serait victime d’un “effet de baisse des syndicats majoritaires”, comme s’il existait une loi qui ferait que, indépendamment de leur orientation, les syndicats majoritaires seraient voués à régresser. Il suffit d’observer la chute de la CGT, au moment où la crise frappe violemment sa direction ; et ce n’est pas une question de personne ou de Lepaon, c’est une crise ouverte depuis presque deux ans, liée au fait que la direction de la CGT s’est engagée, aux côtés de la CFDT, dans une profonde collaboration avec le gouvernement Hollande et sa politique de dialogue social.
La forte baisse de la CGT dans la fonction publique devrait – de ce point de vue – interpeller ceux qui, dans ce bureau, continuent de rêver à un mariage avec la CGT, qui est totalement marginalisée dans l’Éducation nationale. […]
Car, sur le fond, il s’agit bien d’un problème d’orientation. Il faut revenir aux élections de 1996, et au bureau national de la FSU de janvier 1997 qui analysa ces résultats. Tous les courants de pensée qui étaient présents à ce bureau national jugèrent qu’il s’agissait d’une victoire de la FSU. Mais il me souvient aussi d’avoir expliqué alors : le gouvernement va désormais chercher auprès de la direction de la FSU “l’essentiel de l’appui indispensable pour faire passer sa politique”. Parce qu’il s’agit là d’une pratique constante des patrons et des gouvernements : chercher toujours à faire porter les mesures réactionnaires et les réformes aux syndicats majoritaires dans un secteur professionnel ou à l’échelle nationale. Et, durant 20 ans, la direction de la FSU a participé à toutes les concertations avec le gouvernement, et s’est pleinement engagée dans l’approfondissement du dialogue social voulu par Hollande. À la fin, il arrive un moment où il faut payer le prix de cette politique de collaboration. Ces élections marquent ainsi un tournant : ou on change de politique, ou le SNES et la FSU vont entrer en crise.

Le SNES paye le prix fort

Le SNES en particulier paye son refus de combattre pour la défense inconditionnelle des décrets de 1950. Et il ne sert à rien de le nier : il y a bien annualisation du temps de travail. Les horaires de cours restent, en gros, définis hebdomadairement, mais la charge annuelle de travail est définie en référence à la loi d’annualisation, et une série de travaux et réunions étant ajoutée aux heures d’enseignement, les chefs d’établissement pourront donc multiplier les réunions, avec une ampleur variable selon les semaines. C’est bien ça, l’annualisation : une variation “autour” d’une moyenne, et l’imposition d’un volume variable de réunions selon les besoins hebdomadaires et locaux que définit le chef d’établissement.
Il est d’ailleurs significatif que tous les syndicats de la FSU n’aient pas reculé ; ainsi, le SNUEP-FSU de l’enseignement professionnel, du fait de sa mobilisation contre les attaques gouvernementales, progresse de 0,6 %.
Au-delà, ces résultats traduisent l’aggravation des conditions de travail au fur et à mesure que se met en place la loi Peillon. Or, le SNES et la FSU ont refusé de combattre pour le retrait (puis l’abrogation) de cette loi. Et cette loi, il faut le rappeler, a été votée par les partis du gouvernement, dont le PS, mais aussi par la totalité des élus du Front de gauche-PCF. Comment s’étonner dès lors que les collègues associent notre syndicat et ce qui a été appelé ici “le naufrage de la gauche” ?
Aucune loi n’oblige la direction syndicale à pactiser avec le gouvernement. Aucune loi ne contraint la direction syndicale à s’enfoncer davantage dans le dialogue social.
D’autres mesures sont en préparation, tout aussi réactionnaires, concernant les programmes, l’évaluation, l’enseignement prioritaire, l’autonomie des établissements. C’est avec ce gouvernement, avec cette politique, qu’il convient de rompre immédiatement.

S. G. (Émancipation)

L’Émancipation syndicale et pédagogique –2/02/2015 – page 18&19


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