Témoignage d’un candidat recalé

vendredi 17 octobre 2014
par  Catherine

Depuis la Mastérisation et la décision de placer les concours de recrutement à la fin du Master 1, avec obligation de terminer le Master 2 ensuite, le recrutement des enseignantEs est devenu une véritable course d’obstacles. Nous publions ci-dessous le témoignage d’un candidat malheureux, recalé avec un zéro éliminatoire à l’oral de Mathématiques.

Je m’appelle Julien Traimond, J’ai actuellement 32 ans, j’ai eu un master d’histoire en 2006 et depuis j’effectue des boulots dits “alimentaires” qui me permettent de vivre une vie de famille.

J’ai eu mes écrits du concours de professeur des écoles en juin 2013 ; c’était la troisième fois que je tentais ce concours mais la seule fois où je le préparais vraiment ; pour ce faire j’ai quitté mon emploi en CDI à 35h de nuit dans un dépôt de presse pour me consacrer à une préparation de concours au sein de l’IUFM. 

Des conditions de préparation difficiles

Ne touchant que trop peu de chômage pour vivre décemment j’ai repris au bout de quelques mois un emploi de pion dans un internat, emploi que je pouvais cumuler avec ma préparation. Grace à cette préparation j’ai eu mes écrits, 8,50/12 en français 4/8 en histoire 7,75/12 en mathématiques et 3,75/8 en sciences.

Mon directeur d’IUFM de l’époque, à l’obtention des résultats, m’a conseillé de quitter mon emploi de pion pour prendre le contrat que proposait l’éducation nationale à tous les admissibles, à savoir un jour de décharge direction dans une école pour 650 e net pour être sûr d’avoir mon concours. Plusieurs amis et profs d’IUFM m’ont dit que c’était la bonne année pour avoir le concours car la sélection avait été faite à l’écrit : il y avait effectivement 296 admissibles sur l’académie pour 271 postes.

En septembre 2013, j’ai donc pris mes fonctions dans mon école tous les vendredis. J’ai donc quitté mon emploi de pion et je me suis inscrit à la préparation à l’oral à l’iUFM (600 e). J’ai été supervisé quatre fois en début d’année, donc quatre vendredis, par des profs d’IUFM (maintenant ESPE) et des PEMF (professeurs formateurs) et cela s’est bien passé. Puis avec la réforme des IUFM et la création des ESPE, les supervisions et inspections ont cessé…

Puis ce fut le temps des stages massés, 15 jours en autonomie dans une classe en remplacement du professeur parti en stage. J’ai donc effectué le premier stage dans la classe d’une amie, tout s’est bien passé et j’ai été “inspecté” par une conseillère pédagogique pendant 40 minutes…

Février, stage massé en ZEP, à triple niveau à 26 élèves, dans une petite école de campagne… le bonheur pour moi… aucune visite de l’éducation nationale !

L’épreuve fatidique

Arrive enfin la date fatidique des oraux, mercredi 9 avril et vendredi 11 avril ; je passe le mercredi en mathématiques/ EPS et le vendredi en français/agir en fonctionnaire de l’état.
J’obtiens 6,33/12 en français et 5/8 en agir en fonctionnaire de l’état avec un jury et 0/12 en math et 0/4 en EPS (j’avais eu 4/4 à l’épreuve de course) avec l’autre jury.

J’ai eu le même ressenti sur les deux épreuves, j’avais assuré le minimum sans prise de risques et sans faire d’impasse ni de hors sujet. En mathématiques je suis tombé sur la préparation d’une séquence sur les formes en grande section (classe que j’ai en décharge de direction) et en EPS j’ai réalisé mon exposé oral préparé pendant l’année. Le jury ne m’a fait aucune remarque sur un quelconque hors sujet, l’entretien s’est bien déroulé, le jury était sympathique…

Les résultats sont tombés le 17 avril, tous les élèves de mon IUFM l’ont eu sauf moi à cause de ce 0/12 en mathématiques qui est éliminatoire ; à savoir que même avec ces deux zéros je suis au dessus du seuil d’admissibilité, j’ai 117,99 points alors que le dernier pris a 106,14.

Le mépris de l’administration

À la lecture des résultats je m’empresse de téléphoner au service des examens et concours pour demander des infos complémentaires. “ON” me répond désagréablement immédiatement qu’il n’y a pas d’erreur, que le jury est souverain et qu’ils sont débordés car tout le monde appelle pour se plaindre. J’attends une demi-heure et je rappelle, je leur dis qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de monde qui se plaint au vu du taux de réussite, que j’aimerais qu’ils vérifient s’il n’y a pas d’erreur et leur demande si je pouvais consulter le rapport du jury : on me répond qu’ils ont vérifié entre temps et qu’il n’y a pas d’erreur (!) et que le jury n’a pas à établir de rapport et qu’il n’y a rien à faire. Je passe l’épisode où on ne me répond plus et quand je change de téléphone on me répond immédiatement…

Je contacte un syndicat de l’enseignement qui me conseille de porter recours de la décision ; recours gracieux auprès du service des examens et concours qui me répond “le jury est souverain” (alors que je demande la preuve qu’il n’y a pas d’erreur en demandant à voir les bordereaux manuscrits et à rencontrer un membre du jury pour comprendre “mes erreurs”). Lettre au Président de la République qui me répond “le jury est souverain”. Recours hiérarchique au ministre et au recteur, le ministre me répond que “le jury est souverain”, le recteur ne répond pas… courrier au médiateur d’académie, à la même adresse que le rectorat, il me répond que “le jury est souverain”... en parallèle ma directrice d’EPSE doit rencontrer le Recteur, pas de nouvelles…

À l’heure actuelle j’ai obtenu les coordonnées personnelles de mon président de jury qui m’a mis zéro, je lui ai envoyé un mail pour lui demander des explications ou un rendez vous… pas de réponse, il est inspecteur à 20 minutes de chez moi !

Quel recours ?

Devant ces “murs” j’envisage de porter plainte au tribunal administratif avec l’aide de mes syndicats (de l’enseignement et de mon ancien emploi), j’ai jusqu’au 17 juin pour déposer plainte. Je souhaite demander la preuve qu’il n’y a pas eu d’erreur et/ou un rapport de jury justifiant ces zéros. Je souhaite réclamer, comme cela a déjà été fait, l’obtention de mon concours mais avec une “mise à l’épreuve” (une année de stage supplémentaire) pour ne pas déjuger mon jury qui m’a jugé inapte à la pratique de l’enseignement. En effet le zéro est utilisé pour écarter les candidats jugés inaptes à être en classe… la semaine suivant mes zéros j’étais dans ma classe et j’y suis encore.

La question étant : suis-je malchanceux et c’est tombé sur moi, il faut abaisser le nombre de fonctionnaires pour les remplacer par des contractuels et je serai l’heureux élu, ce jury ayant appliqué des ordres du rectorat (tant de zéros éliminatoires par promos) ? Est-ce que ce président de jury me connaît (ou mes parents) au travers de mes différentes actions militantes et politiques dans d’autres cadres et ne partageant pas mes opinions m’a sanctionné ? Je ne sais…

En parallèle à ces démarches j’ai postulé au Rectorat pour être contractuel l’an prochain et j’encadre différentes classes vertes avec plusieurs écoles en complément de ma décharge le vendredi… à suivre !

Julien Traimond, septembre 2014

L’Émancipation syndicale et pédagogique –7/10/2014 – page 28-29