Grèce : contre les grands projets inutiles, à Ierissos en Grèce comme à Notre-Dame-des-Landes en France

jeudi 11 décembre 2014

Aéroport à Notre Dame des Landes, en France, exploitation d’une mine d’or en Chalchidikie, au nord est de Grèce où une compagnie canadienne a acheté une région entière. Ici, comme là-bas, ces “projets” mortifères contre lesquels se lèvent des milliers de personnes sont le produit d’un capitalisme tout puissant. Nous avons pu rencontrer et nous entretenir avec trois militants à Iérissos en août 2014. Merci encore à Polytimi d’avoir fait la traduction.

Émancipation : Qu’est ce qui vous a amené à vous engager dans cette lutte ?

Iérissos : Pour ma part je me suis engagée à plein temps dans cette lutte depuis une année environ, après avoir fait une thèse en histoire à l’université Aristote de Thessalonique, suite à la répression féroce subie par des membres de ma famille.

En avril et juillet 2013, mes cousins ont été arrêtés et emprisonnés suite à de grandes manifestations sur le site au motif d’appartenir à “une organisation criminelle”. Il y a eu plus de 300 personnes arrêtées par une police présente en permanence, qui est intervenue en pleine nuit en cassant les portes, en utilisant des bombes lacrymogènes, y compris à proximité de l’école. Au procès, on a pu constater que nous étions tous sur écoutes téléphoniques, plus de 4 000 pages ont été présentées. Plus de cinquante personnes sont sous surveillance constante avec interdiction de se rendre sur le site, “ enfermés dehors”, mais ils n’ont pas peur, ils y vont même si l’interdiction de parler avec les ouvriers est absolue. Le dialogue avec eux est un échec, hélas. Mais cette répression a suscité un vaste mouvement de solidarité, c’est un ciment dans tout le village, il y a eu des soutiens de la Grèce toute entière et les militants ont été relâchés après quatre et six mois de préventive.

Émancipation : Comment s’organise la lutte ?

Iérissos : Cela prend plusieurs formes : dans chaque village il y a un comité d’organisation, il y a tout le temps des gens qui montent, qui restent, on organise différentes manifestations, la dernière en date ce sont toutes les femmes du village qui se sont enchaînées à la mairie pour s’insurger contre le vote de la loi par l’assemblée qui diminue gravement les lois qui protégeaient les mers et les forêts, les députés votent donc, de fait, pour la vente à la découpe de la Grèce au nom de l’attractivité pour les investisseurs. Chaque année on organise aussi un camping fin août sur le site. On essaie d’informer à l’extérieur, de tisser des relations de solidarité, par exemple la fondation Rosa Luxembourg nous invite dans plusieurs villes allemandes en septembre. Il faut souligner que les médias occultent les actions, nous présentent comme des terroristes, des rêveurs, des gauchistes de Ciriza, et même des malhonnêtes qui dépensent de l’argent contre le développement de la région, il s’agit de nous décrédibiliser... Notre site, SOS Chalchikie, permet de lutter contre cette désinformation mais c’est difficile. Allez le consulter, mettez des messages, cela nous donne du courage !

Cela fonctionne comme un frein à l’engagement pour certains mais au coeur de cette lutte il y a la protection de la mer et de cette forêt méditéranéenne extraordinaire, unique. Nous sommes tous différents, hétérogènes mais unis dans cette bataille qui a fait bouger chaque personne, qui permet un apprentissage de la démocratie réelle, c’est peut être cela qui est le plus extraordinaire ! Nous ne faisons pas de division entre “violents” et “non violents” alors que la violence est de faire en sorte que les machines ne détruisent pas pour toujours ce lieu ; nous sommes face à un État déloyal, foncièrement violent, qui nous surveille nuit et jour, alors il faut se débarrasser de cette culpabilité : ce qui est loyal c’est d’être unis pour la protection de la nature , ne ne pas lâcher !

Émancipation : Les travaux en cours sont ils irréversibles ?

Iérissos : Jusqu’ici, ils construisent tout ce qui est infrastructure pour faire fonctionner l’exploitation (barreaux routiers, etc.).Cette société canadienne : Eldorado (!) a déjà sévi sous un autre nom en Roumanie. Leurs chargés de communication ont géré le drame de Bopal en Inde, ont conseillé des juntes en Amérique latine sur des exploitations aurifères destructrices. Ils sont très organisés, très efficaces !

Il faut savoir que ce genre d’extraction produit des dégâts immenses avec des fuites d’eaux polluées au cyanure mais surtout porteuses de métaux lourds très toxiques, dans tout le réseau phréatique. Ici, sur le site, ce serait encore pire qu’au Canada, il faudrait creuser à 160 mètres, créer un tunnel sous-marin à 140 mètres de profondeur, et cela dans une région volcanique !

Des rapports scientifiques tirent la sonnette d’alarme, mais les pouvoirs et les mineurs qui y travaillent sont pour. À croire que la crise est organisée pour obtenir ce consentement dans notre petit pays considéré comme le tiers monde de l’Europe !

La victoire ? Ce serait que chacun s’interroge sur le fonctionnement du monde...

La nature doit cesser d’être exploitée au profit d’intérêts marchands, c’est urgent !

Entretien réalisé par Émmanuelle Lefevre

Pour plus d’information : http://soshalkidiki.wordpress.com/category/en-francais/