Ni Darcos, ni Peillon et encore moins Hamon (1), portons nos revendications

samedi 23 août 2014

La rentrée 2014 est la mise en musique de la loi Peillon dite de “refondation de l’école”, fruit du dialogue social ininterrompu entre le gouvernement et les organisations syndicales. La participation, sans cesse renouvelée, des syndicats aux tables rondes, concertations, comités de suivi, est l’outil privilégié des gouvernements successifs pour faire avaliser les politiques de régression sociale : par exemple, le projet de création du “grade fonctionnel” pour la direction d’école, premier pas vers le statut de directeur.

Non, les créations de postes ne compenseront pas la hausse annoncée des effectifs scolaires. Les annonces gouvernementales sur les créations de postes dans les écoles ne vont pas se traduire par une diminution du nombre d’élèves par classe.

De même, la prétendue avancée sociale qu’est la CDIsation des AVS/EVS (rebaptisés CAEH) et des AED n’est qu’une feinte. Le gouvernement, loin d’organiser la disparition de la précarité, met en place une stabilisation quasi-impossible sur des temps partiels contraints. De même, en organisant la “pénurie” de recrutement, il permet l’embauche des contractuelLEs et de vacataires qui nous rappelle les suppléantEs éventuelLEs.

Réforme des “rythmes scolaires”

La territorialisation de l’Éducation nationale se développe par le biais de la réforme des “rythmes scolaires” et des projets d’école spécifiques insérés dans les Projets Éducatifs Territoriaux.

Le décret Darcos, qui organisait le passage de la semaine scolaire de quatre jours et demi à quatre jours, spoliait les élèves de deux heures d’enseignement par semaine (moins 72 h par année de scolarité) alourdissant la charge scolaire des élèves et mettait en œuvre la destruction des RASED par la mise en place de l’APC.

Le décret Peillon, sous prétexte d’un allègement nécessaire de la journée scolaire, organise la déréglementation de l’organisation scolaire. Il est aggravé par les “souplesses” du décret Hamon qui inféode le temps scolaire au temps périscolaire sous le joug des municipalités. Il place les enseignants en position d’être sous la férule des municipalités par le biais des Projets Éducatifs Territoriaux.

On voit ainsi fleurir :
- des obligations sur les horaires de l’Aide Personnalisée pour rendre ceux-ci compatibles avec les projets municipaux ;
- des horaires qui cautionnent une journée de même amplitude pour libérer le vendredi après-midi ;
- des bricolages horaires pour rendre compatibles les horaires des écoles élémentaires et maternelles ;
- une diminution dans les usages scolaires des locaux municipaux réquisitionnés pour les activités périscolaires ;
- des conditions de travail des remplaçantEs, des personnes en postes fractionnées, dégradées par la souplesse qu’autorise le projet de décret et entraîne l’annualisation de leurs horaires de travail ;
- l’improvisation dans la mise en place des activités périscolaires qui rend très difficile la tâche des personnels des structures périscolaires ;
- un renforcement des inégalités sociales et territoriales ;
- le renoncement au principe de gratuité par l’instauration de participation financière des familles aux activités périscolaires.

Le décret Peillon aggrave la concurrence entre l’école publique et l’enseignement privé. Par son caractère propre, le privé n’est pas astreint à la mise en place des rythmes scolaires. Il peut ainsi rester sur une organisation de semaine sur quatre jours ou bien mettre en place la semaine Peillon bénéficiant au passage du financement par les fonds publics pour mettre en place le périscolaire qu’il souhaite sur lequel l’État n’a aucun droit de regard. De fait, la loi Debré qui organisait le clientélisme s’en trouve aggravée.

Formation des maîtres ou formatage !

La formation initiale se transforme en un formatage par le biais des référentiels métiers et ÉSPÉ pour une “insertion professionnelle et pédagogique” (redéfinition du métier en “missions”). La formation dans les ÉSPÉ s’annonce d’ores et déjà catastrophique : le corps d’inspection reprend en main la formation, les inspecteurs intervenant dans la définition de l’offre de formation, dans la formation elle-même et dans les jurys.

La formation continue elle-même se trouve touchée par les “souplesses” voulues par le décret Hamon. En instituant des horaires différents entre écoles, la formation continue ne peut plus se faire sur les horaires identiques pour tous les personnels. La réponse du ministère est M@gistère , système de formation en ligne. Celui-ci vise à individualiser (et donc à isoler) les collègues, à déconnecter la formation continue du temps de travail, à la rendre obligatoire et à formater les pratiques pédagogiques déterminées par un catalogue ministériel. La formation continue déjà réduite n’avait pas besoin de cela.

Attaque contre les statuts et réculade face aux réactionnaires

Le conseil École/Collège, sous prétexte de continuité pédagogique, vise à entériner les objectifs du socle commun de compétences. La rénovation des cycles à l’école primaire s’accompagne de l’instauration des cycles au collège, elle préfigure une attaque en règle contre les statuts des enseignantEs tant dans le premier degré que dans le second.

Dans l’école primaire, l’offensive des réactionnaires anti-mariage pour tous s’est traduite par les Journées de Retrait de l’École. Les multiples reculs gouvernementaux face au lobby intégristes et d’extrême-droite ont abouti à l’abandon de la généralisation des “ABCD de l’Égalité”. Cette reculade augure mal du nécessaire travail sur l’égalité Femme-Homme.

Ce désordre est voulu et programmé

Face aux difficultés de mise en place de la territorialisation, la réponse du pouvoir semble, une nouvelle fois, privilégier l’autonomie des établissements qui entraînerait le retour de l’autoritarisme par la mise en place d’un statut de chef d’établissement du primaire. D’ores et déjà la multiplication des profilages de postes de direction ouvre la porte au caporalisme et à l’individualisation des carrières.

Face à ces attaques, Émancipation revendique :

- une rupture avec la stratégie du “dialogue social” et l’organisation de la lutte sur les revendications des personnels ;
- des effectifs maximums de 25 élèves par classe et moins là où c’est nécessaire ;
- l’arrêt du recrutement des précaires et leur titularisation immédiate et sans conditions ; à travail égal, salaire égal ;
- un cadre national pour l’organisation de l’école qui respecte les élèves et les personnels, qui passe par l’abrogation des réformes Hamon, Peillon et Darcos ;
- la déconnexion du temps scolaire des élèves de celui des enseignants rendant possible les 18h hebdomadaire d’enseignement pour les PE (trois maîtres sur deux classes) ;
- le refus du dualisme scolaire par la nationalisation de l’enseignement privé, confessionnel et patronal sans indemnités ni rachat au vu des sommes déjà investies ;
- un recrutement des enseignantEs en licence avec deux années de formation sous statut de fonctionnaire stagiaire avec un pré-recrutement au niveau du bac sous statut d’élève-professeur.
- un libre droit à la formation continue de son choix, en présentiel, sur le temps scolaire ;
- la souveraineté du conseil des maîtresSES dont le directeurTRICES n’est que le/la représentantE, avec un temps de décharge réparti sur l’ensemble de l’équipe ;
- la formation initiale et continue à la lutte contre les discriminations et à l’égalité Femme-Homme ;
- l’abrogation des décrets Darcos/Peillon/Hamon qui instaurent la territorialisation de l’école primaire ;
- l’abrogation des dispositifs de division salariale type GRAF (grade d’accès fonctionnel) ;
- la suppression du profilage des postes, porte ouverte à l’arbitraire administratif ;
- l’arrêt du fichage par base-élève et la fin du LPC ;
- la création d’un corps unique de la maternelle à l’université.

Émancipation Tendance intersyndicale,

19 juillet 2014


(1) ni Vallaud-Belkacem


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