Refusons cette rentrée d’austérité

mercredi 20 août 2014

L’annonce par les directions syndicales de Solidaires, CGT, FO et FSU, de leur refus de participer à la “conférence sociale” du gouvernement a constitué un élément nouveau en ce début d’été. Pourquoi en est-on arrivé là ? Quelles conclusions pratiques en tirer ? Nous publions ci-desssous deux textes adoptés à l’AG statutaire annuelle d’Émancipation tenue à Cléon d’Andran (Drôme).

Après une fin d’année difficile, la rentrée s’annonce pire encore : Hollande, Ayrault puis Valls ont poursuivi la politique de défense du capitalisme de Sarkozy. Le pacte de responsabilité, qui prétend être une réponse à la crise, à la dette et au chômage, en est le dernier acte, et ne fera qu’aggraver les effets désastreux des contre-réformes de ces dernières années. La précarisation, les licenciements et la répression sont utilisés pour casser les luttes collectives.

Des régressions en cours… et à venir ?

Pour appliquer le pacte de responsabilité, présenté comme solution à la crise du capitalisme, le gouvernement, dans la fonction publique, l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche cherche à imposer les politiques managériales développées dans le privé : blocage des salaires, attaques de la protection sociale, logique du profit et de la concurrence ; multiplication du nombre et des catégories de précaires (contractuels, vacataires, AED, AVS, il est difficile d’être exhaustif sur les catégories particulièrement dans le supérieur, à la culture, les ÉSPÉ...). Les atteintes aux statuts s’étendent. Il y a introduction progressive du licenciement y compris pour les personnels sous statuts, avec les “CDI” publics, les restructurations de services, les lois “mobilité” et “déontologie”. Cette offensive déjà très dangereuse par la diversité et la cohérence des attaques va se poursuivre et s’aggraver encore avec les concertations sur les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations (PPCR), que les différents ministres ne cessent de présenter comme “des efforts partagés”, ce qui veut déjà tout dire. Ces concertations sont prévues pour appliquer, “dans le cadre du dialogue social”, les préconisations du rapport Pêcheur, qui prévoit entre autres de maintenir la possibilité de licenciement des titulaires dans le cadre de la “mobilité”, et d’inscrire le contrat à côté du statut dans le statut général de la Fonction publique, ouvrant la voie à de possibles privatisations, comme à La Poste…

Les ravages du “dialogue social”

Les organisations syndicales devraient avoir pour rôle de tout faire pour bloquer ces attaques. Mais leurs directions pour la plupart veillent à ce qu’il n’en soit pas ainsi. Il devient d’ailleurs de plus en plus difficile de distinguer encore à côté du syndicalisme d’accompagnement, un syndicalisme de lutte. La tendance à l’intégration des syndicats dans le système (contrôle par l’État des droits syndicaux, des moyens syndicaux, de la représentativité et des finances des syndicats), la priorité des directions syndicales donnée aux élections professionnelles, constituent des freins aux dynamiques de luttes.

Il faut dire que les gouvernements sont passés maîtres dans l’utilisation d’une arme particulièrement efficace pour annihiler les résistances syndicales : “le dialogue social”. Appuyée sur les accords “sur le dialogue social et la représentativité” de Matignon pour le privé et de Bercy pour le public, les contre-réformes sont imposées dans des réunions de concertation auxquelles participent l’ensemble des organisations syndicales. Le gouvernement présente ces réunions comme des négociations et les textes qui en sortent comme ayant reçu l’aval des syndicats. Les directions syndicales laissent entendre qu’il pourrait s’agir de véritables négociations. Les concertations sur les PPCR deviendraient ainsi des “négociations” salariales. Alors que le gouvernement a déjà annoncé la poursuite du gel du point d’indice jusqu’en 2017, et qu’il fait l’aumône aux plus bas salaires en baissant les cotisations sociales, ce qui revient en fait à fragiliser les acquis de la protection sociale, ce n’est pas sérieux d’espérer imposer des négociations sans luttes et sans un réel rapport de force.

Des possibilités de luttes victorieuses

Et pourtant il est possible de créer ce rapport de force, comme l’ont fait par exemple les postierEs du 92, les personnels du premier degré et des collectivités locales sur les rythmes scolaires et du second degré sur les statuts, les cheminotEs et les intermittentEs du spectacle... Ces mobilisations se sont de fait inscrites contre le dialogue social ; des AG ont décidé la grève, et le plus souvent de façon reconductible, pour s’opposer à la politique gouvernementale.

Pour la réforme ferroviaire le gouvernement était sûr de son affaire, puisque cette réforme avait reçu en amont l’accord de la CGT, sous la forme d’un rapport présenté au Conseil économique social et environnemental, le 27 juillet 2012, par Le Paon, avant qu’il ne devienne secrétaire général de la CGT. Pourtant les sections CGT et les AG ont voté la grève reconductible et forcé la Confédération à soutenir le mouvement.

De même, ce sont les prises de position de sections et de fédérations syndicales qui ont poussé Solidaires, puis la CGT, FO et enfin la FSU à faire savoir qu’elles boycottaient la conférence sociale. Émancipation, qui a défendu l’évidence de ce boycott, considère que c’est un point d’appui qui mérite d’être confirmé par l’annonce du boycott des concertations et l’appel à mobilisation la plus unitaire autour des revendications les plus unifiantes possibles :
- pas un seul licenciement, garantie de réemploi et titularisation immédiate sans conditions de concours ni de nationalité. Les CDI publics n’offrent pas les garanties d’un statut et doivent immédiatement être transformés en emplois statutaires, dans des corps à créer si nécessaire ;
- augmentation des salaires : face à l’écroulement du pouvoir d’achat, la solidarité collective s’impose pour qu’à travail égal corresponde un salaire égal ; non aux dispositifs d’individualisation (primes et indemnités qui opposent les personnels), défense d’une grille nationale indiciaire de rémunération, maintien et rattrapage du pouvoir d’achat et réduction des inégalités de salaire par des augmentations uniformes (300 euros pour toutEs) avec une forte hausse des bas salaires (SMIC à 1 700 euros) ;
- les difficultés graves de recrutement des personnels d’éducation et d’enseignement doivent convaincre de revenir à un recrutement sous statut de fonctionnaire stagiaire, au niveau licence, avec formation en deux ans avec moins d’un tiers du temps en situation et l’attribution du master au bout des deux ans, avec pré-recrutement au niveau bac sous statut d’élève-professeur ;
- arrêt des attaques statutaires retrait des contre réformes Peillon-Hamon sur les rythmes et les statuts et Fioraso sur le supérieur ; refus de la territorialisation.

Au niveau du système éducatif, les contre-réformes sont maintenues, voire aggravées : éducation prioritaire (avec les REP+), lycée, socle commun Fillon/Peillon, évaluation par les compétences, conseil école-collège. L’apprentissage apparaît comme la priorité de Hollande… Ces différents textes et mesures doivent être abandonnés.

Afin d’éviter que la proximité des élections professionnelles et que le fort investissement des directions syndicales dans cette compétition ne provoquent une mise en sommeil des luttes, dès la rentrée toutes les formes de luttes qui permettent un développement autonome et démocratique des mobilisations doivent être privilégiées : des AG, une extension géographique et intersectorielle, un contrôle à tous les niveaux par celles et ceux qui sont dans la lutte leur permettant d’évaluer les résultats en fonction du rapport de force établi.

Des assemblées générales, d’établissement ou de secteur, doivent se réunir pour organiser à la rentrée la résistance contre les mesures inacceptables, devant déboucher sur la grève de tous les personnels, enseignantEs et non enseignantEs, Éducation nationale et secteur périscolaire, associant étudiantEs, lycéenNEs et parents.

Émancipation Tendance intersyndicale,

19 juillet 2014


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