Autonomie des AG et soutien intersyndical à développer ensemble

Luttes des Hauts-de-Seine, de Seine-St-Denis
mercredi 2 avril 2014

L’absence d’actions à la hauteur sur le budget de l’éducation se traduit dans les dotations académiques pour l’EN, soumise comme les autres services publics à l’austérité. L’administration a programmé habilement les annonces de dotations horaires. En janvier l’académie de Versailles, en février celle de Créteil… Et encore, les établissements du nord-ouest du 93, où il y a beaucoup de ZEP n’ont reçu leur dotation que le 4 mars. Les mobilisations ont suivi le même rythme.

Les luttes ont revêtu une puissance inégalée dans le 92.

Le recteur de Versailles a financé les 8 REP + attribués à l’académie par le redéploiement des moyens de tous les établissements ZEP et il n’a implanté aucun de ces REP+ dans le 92 (qui compte 31 ZEP). Des bahuts ZEP sont entrés en grève à plus de 80 %, arrachant des moyens lors des délégations. Les établissements non ZEP, dont les DHG étaient en baisse, ont rejoint la mobilisation. Une plate-forme simple en a découlé : retour de toutes les heures pour les établissements ZEP et non ZEP et paiement des jours de grève. Une intersyndicale (SNES, SUD, CGT, FO, avec SGEN et UNSA , pour une fois relativement unitaires), a piloté les AG et manifestation devant la DDSEN, puis devant le ministère, 400 le 30 janvier, 700 le 4 février. Les parents d’élèves ont bien soutenu le mouvement appelant à des manifestations sur le département (Colombes, Nanterre).

Le 93 est entré dans la danse, à son rythme :

Début février, les DHG ont été connues dans le 93. Pour marquer leur insuffisance et aussi désireux de rejoindre le 92, le lycée collège H Wallon à Aubervilliers (dès le 4 02) ainsi que plusieurs collège de Saint Denis (dès le 6 02) ont lancé la grève reconductible. J’avais suggéré que des camarades du 93 soient présentEs à l’AG du 92 du 4 février, qui s’annonçait décisive pour la poursuite du mouvement. Mais, seul présent du 93 à cette AG, je n’ai pas tenu, malgré les sollicitations de camarades de luttes de différents syndicats, à intervenir pour insister sur l’entrée en lice du 93 (retraité, j’ai pensé que le tract Emancipation qui développait tout cela suffisait et je n’avais pas non plus la certitude sur la force de la mobilisation du 93). La suite m’a montré que j’avais eu tort. En effet, l’AG du 93 le 6 février , à Bobigny, appelée par le SNES, SUD, la CGT, la CNT, FO (seule à diffuser un tract, avec Emancipation), a été une bonne AG de lutte du 93, avec plus de 100 personnes, assises y compris par terre, des bahuts représentés par plusieurs déléguées mandatés pour être en grève le 13 (pourtant à deux jours des congés de la zone C, ce qui a dissuadé certains établissements) . C’était parti ! Et en mesure de passer les vacances, comme plusieurs grands mouvements du 93.

Une intersyndicale soucieuse de ses prérogatives et une AG pas assez des siennes

Bien sûr, certaines pratiques s’étaient un peu perdues : il a fallu rappeler le décompte en début d’AG, à mains levées, des bahuts représentés, puis de ceux en grève, convaincre des camarades qui pensaient qu’il était possible d’appeler tout de suite à reconduire la grève après les vacances, que ça ne correspondait pas à la synthèse des expressions des bahuts. Mais l’essentiel était lancé : un appel à manifester le 13 / 2 au ministère et à tenir ensuite une AG IdF à la bourse du travail de Paris. Le SNES, qui avait soumis à la réussite de cette AG son appel à la grève, a dû le confirmer, mais il aurait certainement espéré rester sur le département ou sur l’académie (son appel sur le 77 et le 94 étaient plus tiède). Comme fréquemment sur le 93, les revendications proposées pour la plate-forme étaient correctes et assez complètes, y compris sur la précarité et sur la réforme Peillon des statuts… Des déléguéEs de bahuts qui proposaient à la fin de l’Ag de participer à l’appel et au compte rendu m’ont prévenu qu’ils s’étaient fait jeter par l’intersyndicale. Du coup, j’ai veillé à ce que le texte reste au plus près de décisions de l’AG. Il manquait la question des statuts défendue par FO et par un bon nombre de déléguéEs mais ça n’a pas été jugé assez mûr par l’intersyndicale (qui ne voulait pas risquer de braquer le SNES, pour faire plaisir à FO) pour figurer dans la plate-forme au-delà du refus de la suppression des décharges statutaires. En plus, la boucle de discussion entre syndicats a duré trop longtemps, ce qui a été contre-productif pour l’impact de l’appel. Du coup, les Tracts Emancipation des jours suivants ont insisté sur les conditions de l’autonomie de l’AG.

La grève et la rue au rendez-vous, mais pas l’AG souveraine, respectée par l’intersyndicale

Pour autant, la grève du 13 a été un succès avec 2000 personnes en manif au ministère ; une AG IDF massive avec à la tribune les intersyndicales 92 et 93. Il a fallu insister pour que deux trois déléguéEs d’établissements participent à la tribune. Assez rapidement, L’AG a failli tourner court quand des déléguéEs de bahuts et les responsables de FO ont insisté sur la question des statuts. Le représentant du SNES Versailles qui animait peu ou prou les débats a perdu son sang-froid et lâché « si on parle des statuts, le SNES s’en va ! ». Il s’est immédiatement fait hué et l’AG partait en quenouille sans que soient encore réunies les conditions pour s’affranchir de l’intersyndicale, sans plate-forme et sans proposition d’action. Je n’ai alors plus hésité à intervenir pour rappeler qu’il y avait besoin pour construire la mobilisation de l’AG et de l’intersyndicale, chacune à leur place. J’ai proposé que la plate-forme 93, déjà discuté dans le cadre intersyndical (et la plus complète) soit reprise par l’AG IdF, pour un appel à la grève le 4 mars, avec une manif au ministère et une AG ensuite à la BdT de Paris. Cette AG trancherait à partir des mandats des bahuts sur l’intégration des statuts à la plate-forme. Cette proposition a été mise aux voix par la tribune et a fait la quasi-unanimité de l’AG (y compris FO 93). Juste après, pourtant, FO faisait le forcing pour mettre aux voix le refus de la réforme des statuts. L’intersyndicale a été du même tonneau. Chantage au départ de FO (qui tenait à ses statuts, mais ne voulait surtout pas d’une AG souveraine qui prenait progressivement son indépendance) ; refus d’appliquer les décisions de l’AG, reprise des plateformes respectives 92 /93 et appel à un autre jour de grève que celui de l’AG. Pendant deux jours j’ai tout fait pour limiter la casse, envoyant le compte rendu de l’AG à toutes les listes de mails collectées dans les AG, intervenant vis-à-vis des différents syndicats. Finalement l’intersyndicale 93 est restée sur les décisions de l’AG, forçant peu ou prou celle du 92 à la suivre. Mais la sortie du matériel d’appel a été très tardive. Cela n’a pas favorisé la mobilisation des lycéens qui s’en sont plaints. Il y avait en plus une surprise de taille : l’objectif du 4 mars n’était plus le ministère mais un rassemblement… devant l’Assemblée nationale (pendant les vacances parlementaires !)

Des possibilités d’extension

Ces dysfonctionnements ont été d’autant plus regrettables que des AG se mobilisaient avec des intersyndicales dans le 83 et le 13 (cette dernière a même repris le tract 93 en y ajoutant opportunément la baisse du temps de travail). Cela pouvait aider à passer les vacances, ces départements disposant d’une semaine supplémentaire avant leurs congés.

Malheureusement la liaison n’a pas bien fonctionné : alors que j’avais été contacté par un copine m’annonçant le désir de prise de contact d’un militant de l’AG 13 précédemment dans le 93, ça ne s’est jamais fait et j’ai du aller à la pèche aux infos auprès de tous les camarades de Marseille, avec des succès divers, ce qui a retardé l’éventualité d’un mise en cohérence des actions du Sud Est et d’IdF. C’est dommage parce qu’entre temps la journée d’action du 18 sur une plate forme fourre tout avait été parachutée, le risque d’attraction de cette action au détriment des luttes locales d’établissements était grand et d’ailleurs l’AG 13 à été conduite à s’y rallier avec le projet de faire apparaître ses revendications dans l’interpro. et elle a apparemment cessé de se réunir depuis.

Une reprise honorable en IdF, jugée décevante par des militantEs qui étaient déjà ailleurs

En Ile de France, la reprise, toujours difficile après 15 jours de congés, a été correcte, 300 à 400 personnes au rassemblement, dont une centaine de lycéenNEs, qui n’ont cessé de monter en pression avec une présence correcte de l’UNL . 150 présentEs en AG, 33 établissements en grève surtout 93, mais aussi avec des grèves dans le 92, 94 et 95.

L’intersyndicale est une fois de plus partie dans tous les sens : FO n’étaient plus là, Sud a contribué à la prise d’autonomie de l’AG (Panneaux où les bahuts écrivent leur taux de grève, leurs propositions, animation de l’AG) la CGT Versailles (de bons copains en plus) ont passé beaucoup de temps à affirmer que l’AG n’était pas IdF mais 93 ; des copains-ines actifs-ves jusque-là, notamment EE, n’y croyaient plus beaucoup (un peu trop tôt, mais les congrès SNES et les élections municipales approchaient…) et le secrétaire départemental 93, seul présent du SNES, a profité de tout cela pour abandonner le mouvement, non sans avoir obtenu d’abord qu’on repousse une fois de plus l’amendement de la plateforme sur les statuts.

L’AG a décidé d’appeler à la grève le jeudi 13 mars (un peu tard, mais au moins avant le 18). LE SNES 93, travaillé au congrès par des EE et Emancipation a été obligé de se fendre d’un vrai faux appel. Le 13 de nouveaux établissements rentraient dans la grève, mais d’autres en sortaient, la manif à rassemblé 600 personnes, la jonction avec les intermittentEs espérée, n’a pas pu se faire.

Le 18 mars a permis de faire connaître les revendications des AG, mais n’a pas permis de rebond

l’AG a rassemblé 50 personnes et n’a pu que faire la proposition d’un cortège autonome le 18, entre Solidaires et la FSU et si possible un canyon pendant que partait l’ensemble de la manif. Les deux ont été faits, avec l’aide du SO de la FSU qui a donné le choix à des représentants de bahuts majoritairement au SNES de manifester dans le cortège FSU 93 en queue de manif ou avec Solidaires ; ça a été Solidaires, avec l’UNL à laquelle le SO FSU avait fait le même coup. Après un canyon d’une heure pas très massif mais bien visible, on a manifesté avec SUD PTT, ce qui a permis d’assurer la jonction à mi-parcours avec les enseignants et les postiers du 92 en grève depuis 5 semaines. L’AG du soir a été un échec.

La forme de lutte essentielle, mais avec toutes les garanties démocratiques souhaitables

Je peux apparaitre désabusé… C’est certainement la déception que ce mouvement parti si fort ne se soit pas étendu… Mais sur le fond, il n’en est rien. Je reste persuadé que seul ce type de mouvement est suffisamment dynamique et adaptable pour permettre de développer un rapport de force et de gagner sur les revendications. Mais je pense aussi qu’avec un pouvoir qui devient de plus en plus tacticien, le départ de mobilisation est encore plus délicat qu’avant. Et on ne peut pas se permettre beaucoup d’erreurs. D’où l’impératif d’y réfléchir, dans les AG, comme les syndicats. Émancipation qui veille à être présente dans ces deux structures doit pouvoir contribuer à une telle cohérence.

D’autant que la question des moyens reste d’actualité, y compris avec le premier degré, et que s’y ajoutent les statuts, les rythmes, et toutes les attaques liées au pacte de responsabilité…


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