Utilisation d’un Tableau Pédagogique Interactif en classe élémentaire

samedi 5 avril 2014

Si les vidéoprojecteurs équipent souvent les établissements secondaires et supérieurs, leur présence restait assez faible dans l’enseignement primaire. Depuis peu, les tableaux numériques se développent dans les différents niveaux d’enseignement et tendent à équiper de plus en plus de classes en élémentaire, voire même en maternelle. Se mettent en place des Tableaux Blancs Interactifs (TBI), Tableaux Numériques Interactifs (TNI), des VidéoProjecteurs Interactifs (VPI), dénominations qui varient selon les différentes techniques mises en œuvre. On utilise de plus en plus le terme de TPI (Tableau Pédagogique Interactif) pour désigner l’ensemble de ces techniques, c’est le vocable qui sera utilisé dans le reste de l’article.

Le principe est d’associer un vidéoprojecteur à un ordinateur et de se servir du tableau comme d’un grand écran déporté d’ordinateur. On associe à ce système soit un stylet électronique qui commande l’ordinateur comme une souris sur un écran, soit directement le tableau comme un écran tactile.

La classe étant équipée d’un VPI(1) depuis 2 ans, un bilan partiel de son utilisation avec les avantages, les changements dans la façon de faire classe, les contraintes, les insuffisantes et les inconvénients peut commencer à être dressé.

TPI et activités scolaires

Le TPI est un outil qui a trouvé sa place plus particulièrement dans certaines activités scolaires. En géométrie, il permet aux élèves de tracer en direct des figures, d’effectuer des constructions à partir d’une description (activité qui n’est pas toujours aisée à réaliser avec les outils habituels de la classe : règle, équerre, compas), d’accéder aux propriétés des objets géométriques, de manipuler des polygones, polyèdres, patrons, de réaliser des symétries ...

Le TPI permet de construire immédiatement des graphiques à partir d’un tableau de données numériques, de passer d’une représentation graphique à une autre (camemberts, bâtons, histogrammes), ce qui modifie considérablement les activités de gestion de données numériques.

Le TPI par ses capacités audiovisuelles permet l’analyse d’images et donc plus particulièrement de paysages et de la géomorphologie en Géographie, l’étude de documents (tableaux, sculptures - y compris en 3D -, œuvres photographiques, cinématographiques et sonores) ce qui est appréciable en histoire, en histoire de l’art, mais aussi dans l’apprentissage des langues.

Plus généralement, au départ, il sert souvent de vidéoprojecteur perfectionné permettant de ne pas retaper un texte, de surligner, de souligner, d’entourer comme avec la vidéoprojection d’un transparent classique… mais en conservant le document original.

Des activités numériques et infographiques

Avec l’association audiovisuelle, le TPI permet l’utilisation d’animations de type flash comme sur un ordinateur : les animations permettent par exemple de montrer le fonctionnement de certains organes (cœur, poumons, articulations ...) ou objets techniques (transmission de mouvements, axes de rotation, …) ou bien d’illustrer des notions (développement de constructions architecturales, migrations, phénomènes physiques …).

On trouve de plus en plus aisément d’animations type flash sur internet pour illustrer des notions mais aussi des outils pour fabriquer soi-même des d’animations flash. Sur nombre de sujets le TPI ouvre tout le domaine de l’infographie : il permet de visualiser des dessins, schémas, graphismes animés ou non, à même d’illustrer des textes ou commentaires audio.

Outre cet usage - somme toute classique - comme simple vidéoprojecteur, le TPI ouvre à d’autres pratiques pédagogiques. Il permet la prise de notes par les élèves eux-mêmes, de mettre par écrit le déroulement d’une recherche, de garder une trace de celle-ci et même de revenir ultérieurement aux différentes étapes de cette recherche.

Le TPI facilite le travail ’’en décroché’’ à partir d’une production d’élève(s) pour étudier et/ou établir une règle, pour analyser des erreurs ou approfondir une approche.

Des réalisations numériques

Le TPI permet aussi de présenter une création individuelle ou collective réalisée sur ordinateur. Un élève, un groupe d’élèves (voire une classe) peuvent réaliser des livres numériques - intégrant du texte, des sons, des images, des modules interactifs …- en utilisant le logiciel Didapage(2). L’utilisation du TPI permet de présenter et de faire partager à d’autres des réalisations numériques et de réhabiliter la notion de travail propre à la pédagogie Freinet. On renouvelle l’imprimerie Freinet sous d’autres formes en réalisant des livres numériques.

Faiblesses et limites

Le TPI permet une recherche sur internet en direct, la vérification d’hypothèses, l’approfondissement de notion étudiées ; mais si cela peut être intéressant, les écueils propres à internet restent entiers, principalement la validité des sources. La multiplication des outils numériques connectés - dont le TPI - doivent amener les enseignantEs à apprendre à leurs élèves la vigilance quant aux sources et à développer un comportement de ’’chercheurE’’ vis à vis des informations accessibles sur internet(3). Le regard critique à l’égard des informations doit être travaillé en classe sous peine d’aboutir à de futurEs adultes crédules devant les sources numériques (les documents classiquement présents en classe ayant le plus souvent l’aval de l’enseignantE) : . Trop souvent les élèves - mais aussi nombre d’adultes - se contentent d’une recherche "googlelisée" et ne vont pas plus loin que la première ou deuxième page de réponses.

Une autre difficulté sur l’utilisation des TPI est l’absence quasi-totale de formation. Le plus souvent c’est au corps enseignant de s’autoformer, de mutualiser ses connaissances : la livraison d’un TPI s’accompagnant au mieux d’une démonstration rapide puis vogue la galère.

La volatilité des données sur de nombreux sites internet est également une source d’embarras aussi bien pour les enseignantEs que pour les élèves. Il n’est pas rare que des documents, des vidéos, une animation disparaissent d’un site du jour au lendemain , ne soient plus accessibles car les droits ont été modifiés, que le site hébergeur ferme ou déménage sans laisser d’adresse : situations très frustrantes quand la séance bien préparée tombe à l’eau car la ressource s’est volatilisée. Le mieux pour éviter ce type de situation est encore « d’aspirer(4) » les sites ou de télécharger les sources.

Enfin, le plus gros défaut du TPI : il est le support d’un vaste marché fort lucratif pour les entreprises dominantes de l’informatique tant du point de vue matériel que du point de vue logiciel (logiciels payants à renouveler régulièrement ou à mettre à niveau, matériels onéreux à renouveler car ne pouvant plus supporter les logiciels).

Il existe néanmoins des solutions alternatives d’un moindre coût mais elles nécessitent un investissement personnel important et un goût certain de l’expérimentation car l’Éducation nationale n’est pas porteuse d’un projet alternatif aux "mastodontes" de l’informatique tant pour le matériel que pour le logiciel (bien qu’officiellement partie prenante de la valorisation du logiciel libre). Ainsi, on peut se bricoler un TPI pour quelques dizaines d’euros à partir d’une Wiimote (Nintendo), d’une clef USB Bluetooth, d’un stylet infrarouge, et bien sûr d’un vidéoprojecteur et d’un ordinateur(5). On peut utiliser des logiciels libres et gratuits : Ubuntu/Linux comme système d’exploitation de l’ordinateur (à la place de Windows ou MacOS payants), Open Sankoré comme logiciel de tableau blanc interactif gratuit(6), mais sur ce point il faudra la plupart du temps ne compter que sur ses propres compétences ou sur l’aide de quelques militantEs du logiciel libre car peu de matices – Maître Animateur Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement, bref les enseignants-ressources en l’informatique dans les écoles - sont des promoteurs du logiciel libre alternatif aux systèmes des logiciels payants bien connus.

De plus en plus, le TPI s’accompagne d’une possibilité d’être connecté à une tablette. La tablette peut être utilisée comme une palette graphique et/ou permet l’utilisation comme outil de commande du TPI depuis n’importe quel point de la classe. Dans certaines configurations de classe (ou quand des élèves ont du mal à venir expliquer un travail devant les autres), il peut être intéressant de disposer de cet outil toutefois non indispensable.

TPI ou non ?

Le TPI est un instrument, il figure de plus dans la panoplie des outils pédagogique de la classe. Il ne saurait remplacer les autres outils usuels mais il permet des activités complémentaires aux activités classiques. Reste que son coût demeure élevé et donc son installation dans une classe demande une volonté budgétaire forte (sauf si on a l’âme d’un amateur de bricolage technologique cf note 5). De même, l’absence de formation, la relative difficulté à trouver des ressources numériques sur internet demandent un investissement personnel important de la part de l’enseignant soucieux de s’en servir efficacement.

(1) Le système comprend un VPI sur potence, à focale ultracourte - qui a l’avantage d’éviter les ombres portées - , un ordinateur portable, une connexion internet pour l’ordinateur, une connexion HDMI entre l’ordinateur et le VPI ce qui permet d’obtenir du son sur le VPI lui-même.

(2) Le logiciel DIDAPAGES est développé et mis à disposition des enseignants par l’association "Les fruits du savoir". DIDAPAGES est un outil d’élaboration de projet autour du langage écrit ou oral.

(3) Ce travail peut être mené de concert avec une nécessaire approche sur la protection des données, la mise en ligne d’informations personnelles par les élèves.

(4) Un aspirateur de site Web est un type de logiciel qui télécharge toutes les données contenues sur un site Web pour les sauvegarder sur un disque dur, ce qui permet de consulter ultérieurement les pages correspondantes sans être connecté à Internet.

(5) http://sciences-physiques.ac-dijon.fr/outils/Wiimote_TBI/Wiimote_TBI.php

http://fausse-piste.net/piste1/spip.php?page=sommaire-accueil

(6) http://www.ubuntu-fr.org/

http://open-sankore.org/fr